Cruis 2026-2032
Le scrutin
Nous voici à quelques semaines des prochaines élections municipales – qu’on pourrait appeler chez nous la « reconduction » municipale du fait que, sauf annonce de dernière minute, seule l’équipe sortante briguera les suffrages. Il y aura sans doute quelques mouvements par rapport au conseil en place (aucune information officielle n’a filtré) mais, globalement, on s’attend à une équipe quasi identique, sous l’autorité du même capitaine et avec la méthode qui prévaut depuis 36 ans.
Enfin, il pourrait aussi en être autrement mais pour l’instant aucune information ne transpire à ce sujet. Espérons que nous ne découvrirons pas la constitution de cette liste unique dans l’isoloir. Car il s’agira bien cette fois d’une liste véritable, un scrutin de liste paritaire proportionnel, contrairement au scrutin plurinominal qui prévalait jusqu’en 2020 dans les communes de moins de 1 000 habitants.
Qu’est-ce que cela veut dire ?
Aujourd’hui, le mode de scrutin est identique dans les 25 000 communes de moins de 1 000 habitants et les autres. Les listes doivent être paritaires et respecter une alternance femme/homme. Le passage à ce mode de scrutin implique le dépôt de listes complètes de candidats et la suppression du panachage. Il n’est donc plus possible d’ajouter / supprimer des noms et de modifier l’ordre de présentation possible lors du vote. (Source)
Lors des élections de 2020, les candidats étaient encore groupés sous forme de listes informelles, et l’électeur pouvait sélectionner ses préférences dans l’une ou l’autre sans tenir compte de ces groupements, c’est-à-dire en panachant. Ce n’est plus possible. Mais du fait qu’il n’y aura probablement qu’une liste candidate, la question ne se posera pas.
Quels enjeux ?
En reconduisant par défaut l’équipe en place, la commune choisit démocratiquement d’en valider l’approche. Ce passage reste cependant une date importante dans la vie du village car on repart pour six ans avec ce conseil municipal, et même s’il n’y a pas d’enjeu électoral comme tel il vaut la peine de marquer le coup, souligner ce relais et le confirmer. Un cycle se termine et un nouveau commence.
C’est le moment de faire le point. Le bilan, notre maire en a fait sa lecture personnelle lors de ses vœux. Ce n’est pas notre objet ici. Le passé c’est le passé, et ce qui nous intéresse c’est le futur – l’itinéraire des six prochaines années.
C’eût été l’occasion de convoquer la population pour sonder ses envies et aborder collectivement cette prochaine tranche de vie du village, échanger sur notre avenir immédiat – un moment d’unité, de rassemblement, forcément bienvenu. Apparemment ce n’est pas prévu, mais on nous réserve peut-être des surprises.
Les vœux des citoyens
En attendant, nous avons interrogé un certain nombre de villageois pour savoir ce qu’ils souhaitaient pour Cruis lors de la prochaine mandature : les évolutions qui leur sembleraient bienvenues, les améliorations envisageables… Car il y en aura toujours. Ce n’est pas le moment de critiquer mais de rêver un peu, de regarder devant plutôt que derrière.
Nous nous sommes entretenus à distance ou en personne avec plusieurs Crussiennes et Crussiens. Comme les témoignages se recoupent souvent, nous en faisons ici une synthèse par thématique : on parlera de nos ressources forestières, d’aménagement, de l’eau, de la communication municipale et d’équipement.
Capital forestier
Nombreux sont ceux, parmi nos concitoyens, qui regrettent les coupes affouagères. On se souvient que ce dispositif de récolte de bois presque gratuite a été supprimé en 2017 pour des raisons dites économiques : selon le bilan municipal publié en janvier de 2018, la commune avait besoin d’argent et, malgré environ 2 000 ha de forêt communale, ce privilège citoyen était désormais considéré comme trop coûteux : « La commune a aujourd’hui impérativement besoin de la ressource financière des coupes de bois… »
Maintenant que nous sommes entrés dans l’ère Boralex, cette position pourrait sans doute être revue.
Aménagement
Sur le chemin du jas de Nordon, le panneau d’interdiction aux non riverains est une bonne idée mais, les riverains en question en témoignent : il n’est pas vraiment respecté. Il serait plus efficace d’élargir cette rue trop étroite dans le bas, au moins par endroits, de façon à faciliter les croisements – remonter cette rue en marche arrière pour céder la priorité aux voitures qui montent est un exercice délicat et chronophage. L’écoulement des eaux de ruissellement nécessiterait aussi quelques travaux sur cette voie. Enfin l’éclairage urbain serait pour les résidents de ce quartier une grande amélioration car ils en sont dépourvus, contrairement à leurs concitoyens du chemin Saint-Jean et de celui des Olivettes – comme tout le chemin Saint-Pierre, et d’autres rues à la périphérie du village. L’hiver, les enfants de ces quartiers qui vont à l’école à pied pourraient désormais circuler en sécurité.
Pour la sécurité, aussi, une requête que nous avons portée en 2020 : beaucoup de communes éloignent du centre les panneaux toponymiques d’entrée et de sortie, pour faire ralentir les voitures à 50 km/h bien avant le centre du village. Les riverains des rues transversales périphériques sont confrontés à des passages de voiture souvent au-delà de 80 km/h. Nous avons constaté que cette demande persiste dans ces quartiers.
Côté voirie, on nous fait remonter par ailleurs la nécessité de réparer certaines rues du village qui, sans rigole pour la pluie, seraient abîmées par le ruissellement.
Beaucoup aimeraient également que le réseau de câbles aériens qui encombre le centre du village soit enfoui. Le titre de Village de Caractère, auquel nous tenons, s’en trouverait certainement plus affirmé.
Nous sommes aussi un Village Fleuri. Mais ne serait-il pas pertinent et durable d’évoluer vers une ornementation florale plus caractéristique de Provence, avec des plantes vivaces qui survivraient d’année en année, peu gourmandes en eau – et qui ne monopoliseraient pas tant nos employés pour l’arrosage ? Il ne faut pas oublier que ce label fait valoir une approche écologique et durable qui s’applique à tous les aspects de la gestion du territoire.
Eau
L’eau – l’eau potable et l’assainissement collectif – constitue un autre enjeu écologique, celui-là de plus en plus pressant. Heureusement que nous avons pu en conserver la gestion, malgré la désinvolture de la Communauté de communes qui nous aurait livrés à la Société des eaux de Marseille si la loi qui nous obligeait à la lui confier n’avait pas été modifiée. Mais la question reste critique. Voir l’encart à ce sujet.
Communication municipale
Depuis début 2022, les Crussiens disposent d’un nouveau site Web. C’est peu dire qu’il était attendu – bien que nous ayons perdu beaucoup d’archives accessibles depuis le site précédent dans l’histoire. Très utile, il pourrait cependant rendre encore plus de services, par exemple en offrant aux visiteurs la possibilité de s’abonner, de manière à être averti de toute nouvelle publication – fonctionnalité de base aujourd’hui, gratuite, qui peut être mise en œuvre en quelques minutes, et qui permet de décupler la fréquentation (et donc l’utilité) d’un site.
La possibilité de laisser des commentaires sur les articles serait également intéressante, mais Facebook pourrait aussi servir ici. C’est une application très utilisée par notre population, ce qu’ont compris plusieurs de nos voisins – Saint-Etienne-les-Orgues (1500 abonnés), Ongles (575 abonnés), Montlaux (640 abonnés), même Revest-Saint-Martin (490 abonnés pour 80 habitants, mais pas de site Web).
Il existe aussi plusieurs fournisseurs d’applications pour smartphone dédiées à la communication municipale, ce qui permettrait par exemple de mieux faire connaître les événements publics – obliger chacun à visiter l’affichage en mairie est anachronique aujourd’hui, et pénalisant pour ceux qui n’habitent pas le centre du village, qui se sentent souvent négligés.
A propos du site Web, une remarque souvent entendue c’est que l’organisation des documents (convocations, procès-verbaux, délibérations…) pourrait être optimisée, mieux structurée – notamment en nommant les documents de manière intelligible, et en les publiant tous.
Pour ceux qui préfèrent le papier, il semble que l’usage d’afficher les documents relatifs au conseil dans le couloir de la mairie ait été abandonné. Ce n’est effectivement plus obligatoire maintenant que la publication Web est généralisée, mais ce serait quand même bien d’y revenir car, là encore, l’option d’en faire la demande à la mairie pour ceux qui utilisent peu Internet est un frein réel.
La publication d’un bulletin municipal, en décembre 2020, était une bonne initiative, à l’image d’autres communes du coin – dommage qu’elle se soit arrêtée au numéro 1.
L’un des volets apparemment les plus attendus en matière de communication est la prospective financière du village : une vision même simplifiée des choix budgétaires avant le fait, pour les futurs projets, traduisant les attentes des Crussiens. Il y a quelques années la synthèse des comptes et des budgets était au moins visible dans les comptes rendus du conseil, mais ce n’est plus le cas. On peut bien entendu demander les informations à la mairie, qui nous les doit, mais c’est désormais moins accessible.
Enfin, les rencontres publiques, en présence, restent un outil fédérateur qui consolide les liens communautaires et que nous pourrions utiliser pour aborder ensemble les différents challenges de la commune et ses choix stratégiques.
Equipements
Et puisqu’il s’agit de rêver, on pourrait imaginer une salle des fêtes moderne et vaste, comparable à celle de nos voisins de tout bord (pourtant dépourvus de revenus photovoltaïques). La parcelle où se situe le nouveau parking, si elle appartient intégralement à la commune, serait l’endroit idéal. Il s’agirait d’un gros investissement mais il existe des aides pour ça (les voisins, encore eux, peuvent en témoigner) et notre rente énergétique y serait bien employée.
Et maintenant…
Il eût été préférable d’échanger tous ensemble, de vive voix, sur ces sujets. A défaut, espérons que ces vœux seront entendus.
| La question de l’eau
A Cruis, nous dépendons de la Durance dont l’eau est pompée depuis Aubignosc pour tous les villages du pied de Lure. La Durance, c’est l’eau des Alpes, de la neige et des glaciers – qui apportent 20 à 40 % de notre ressource estivale. A l’été 2022, on a vu le niveau du lac de Serre-Ponçon, qui sert à gérer le débit de la rivière, baisser de 17 m. Or notre approvisionnement dépend de cette réserve. On nous prédit qu’elle deviendra non seulement de plus en plus rare, mais aussi de plus en plus difficile à potabiliser – la faute notamment à la prolifération des PFAS. Le prix de l’eau va donc mécaniquement augmenter. Pour maîtriser les coûts il faudra donc optimiser l’exploitation de la ressource : le rendement, c’est-à-dire la quantité d’eau acheminée jusqu’au robinet par rapport à l’eau apportée en amont. Tous les réseaux comportent des fuites et le rendement à 100 % n’existe pas. Chez nous, le rendement était en 2023 de 69 % (source SISPEA). Certains villages font mieux (Fontienne, Niozelles et Pierrerue ont un rendement supérieur à 80 %) mais d’autres font bien pire (par exemple Saint-Etienne avec seulement 39 % – environ 65 000 m3 perdus annuellement). Sur Cruis nos fuites correspondraient « seulement » à 18 000 m3. Ce gaspillage va devenir de plus en plus coûteux d’autant plus que l’Agence de l’eau, instance nationale qui soutient financièrement les développements communaux, conditionne ses aides aux efforts de rendement. On peut donc encourager notre mairie à investir dans notre réseau vieillissant. Il nous faudra financer (en partie) les travaux mais les pertes seront réduites et cela sera rentable à long terme. La facturation des usagers pose un autre problème complexe, car l’eau est un bien commun et chacun doit pouvoir y avoir accès, quels que soient ses revenus : l’augmentation prévisible de la facture pose donc question. Chez nous, comme en beaucoup de villages, la facture de l’eau se calcule en 2 tranches : en deçà de 120 m3 et au-delà. A Cruis nous payons 1,30 € jusqu’à 120 m3/an, et 1,90 € au-delà. L’assainissement coûte 1,20 € du mètre cube consommé et les abonnements pour les deux services sont respectivement de 66 € et 35 €. Ces tarifs varient considérablement d’une commune à l’autre sans qu’une méthode de calcul plus pertinente qu’une autre apparaisse. Comme le prix au mètre cube acheté par notre commune va logiquement augmenter, la question d’une facturation socialement plus équitable va se poser. L’Association des Usagers de l’eau Lure-Forcalquier vient de publier une étude sur le sujet qui propose différentes pistes :
La gestion durable de l’eau pose aussi beaucoup de questions quant au partage de la ressource (entre usagers et agriculteurs, par exemple) et à la préservation de sa qualité. |
Je tiens à vous féliciter pour la qualité de votre post, qui est bien rédigé et engageant. Cependant, il m’apparaît qu’il présente une dimension un peu politisée. Dans nos petits villages, ce ton peut ne pas correspondre aux préoccupations locales. Néanmoins, je reconnais qu’un débat politique pourrait soulever des sujets pertinents et enrichissants.
Cordialement,
Merci pour vos félicitations. Il nous semblait qu’en nous tournant vers l’avenir, et en prenant en compte l’avis d’un échantillonnage conséquent de citoyens, cet article serait justement moins clivant. Ce n’est pas le moment de critiquer les élus du prochain mandat si personne ne s’y oppose. En revanche l’avenir se redessine en permanence et le rôle d’une équipe municipale est justement d’y faire face, de gérer l’évolution de la commune en s’adaptant aux enjeux sans cesse renouvelés. Cette vision du futur, qui se veut constructive, méritait d’être partagée.