[éditorial] You’re fired! *

[éditorial] You’re fired! *

* « T’es viré ! » C’est par cette phrase que Donal Trump a éliminé, avec un plaisir non dissimulé, les candidats de l’émission de télé-réalité « The Apprentice » pendant 14 saisons aux Etats-Unis.

Dans un journal d’information, les tribunes sont des articles d’opinion réservés aux personnalités extérieures. Il arrive cependant que l’actualité appelle un regard critique de la rédaction : c’est l’éditorial.

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Cruis citoyen est un média local. Sa vocation est de relayer les informations qui touchent, d’une manière ou d’une autre, la vie de nos concitoyens. Les sujets sont généralement spécifiques à notre village ou à notre environnement immédiat, mais d’autres, d’une portée plus large, peuvent aussi avoir des répercussions sur notre cadre de vie et méritent, à ce titre, de figurer dans nos pages.

Les Etats-Unis sont aussi loin de nous qu’on puisse l’être. Mais ce qui vient de s’y produire est un événement d’une importance majeure – il serait plus juste de parler de ce qui a failli se produire, et dont l’impact eût été planétaire. Le fait d’y avoir échappé mérite quand même qu’on évoque le sujet. Car la menace qui a frôlé l’Amérique d’aussi près, et dont nous avons senti le souffle jusqu’ici, n’est pas le fruit du hasard. Elle émane d’un phénomène de société dévastateur qui est aussi présent chez nous, qui nous cerne et qui, malgré ces derniers résultats conjoncturels, continue de progresser – et il ne s’agit pas du coronavirus.

Nous ne sommes pas des Américains. Mais ce qui est arrivé là-bas, et qui ne va pas s’arrêter de si tôt, peut très bien nous arriver ici.

Pour comprendre le problème, il faut d’abord prendre la mesure de l’énormité du carambolage politique américain.

L’anomalie Trump

Que s’est-il passé aux Etats-Unis, au juste ?

Le système politique américain est parfaitement binaire, beaucoup plus que le nôtre : d’un côté les Démocrates progressistes, qu’on appelle là-bas « la gauche », mais qui ressemble beaucoup plus à notre centre, et de l’autre les Républicains conservateurs, auxquels on trouverait plus d’affinités avec notre extrême droite. Quelques indépendants profitent de l’élection pour se faire un nom mais, globalement, et de très loin, c’est une partie à deux joueurs. Les valeurs écologiques, par exemple, ne sont pas officiellement représentées sur le terrain. Le mot « socialiste » est une insulte pour la plupart.

En 2016, suite à un processus d’investiture compliqué, riche en rebondissements, l’outsider Donald Trump, un milliardaire connu surtout pour ses projets mégalomaniaques et ses faillites retentissantes, ainsi que pour son arrogance et son rôle de manager coupeur de têtes dans une série de télé-réalité, fut choisi par les Républicains pour les représenter aux présidentielles. C’était suite aux deux mandats de Barack Obama, Démocrate, toujours très populaire mais un Président américain ne peut se représenter après avoir été reconduit une fois.

Trump a gagné ces élections contre la représentante démocrate, Hilary Clinton, femme de Bill Clinton qui exerça deux mandats à ce poste, de 1993 à 2001. Celle-ci recueillit 3 millions de votes de plus que Trump, mais le système électoral américain est ainsi fait que c’est lui qui l’emporta, ce qui provoqua déjà la colère et la division dans le pays. Ce scrutin fut entaché de dysfonctionnements et, surtout, d’une intervention russe en faveur du Républicain très affirmée, et démontrée, notamment sur le terrain des réseaux sociaux. Une enquête fut plus tard diligentée pour faire la lumière sur la connivence possible entre l’ingérence russe et le candidat : elle aboutit à quelques condamnations de ses collaborateurs mais sans incriminer le nouveau Président lui-même.

Les positions de Trump, certaines explicites et d’autres implicites, permettent de se faire une idée de ses valeurs : la prévalence de Dieu mais encore plus de l’argent, l’opposition aux lois progressistes (avortement, mariage LGBT, etc), le port d’armes (armes d’assaut comprises) pour tous et sans contrôle psychologique, la négation de l’urgence climatique, le rétablissement des pratiques anti environnementales, le démantèlement de la sécurité sociale, la lutte contre l’immigration, le dénigrement de la science et des scientifiques, le suprémacisme blanc… Ses propos assumés sur sa façon d’aborder les femmes (« je les attrape par la chatte »), sur les vétérans des guerres américaines (de « pauvres loosers »), sur les immigrants latinos (« des violeurs et des voleurs ») ou musulmans (« des terroristes »), sur la sécurisation des écoles contre les fusillades (« il faut armer les enseignants »), son refus de publier ses déclarations d’impôts comme la loi l’y obligeait… tout cela dessinait le profil d’un macho-facho-voyou peu crédible qui semblait l’œuvre d’un caricaturiste fou plutôt qu’un personnage réel.

Pour une grande partie de l’électorat américain, et à peu près tout l’occident, il était impossible qu’un tel individu, fat, incompétent, provocateur, ouvertement narcissique et malveillant, sans aucune culture (question : « Quel livre lisez-vous en ce moment ? » réponse : « Un livre ») et d’un intellect limité, remporte les suffrages.

La déconvenue fut très dure le matin du 9 novembre 2016, quand on se réveilla au choc de la plus grande erreur de casting de l’histoire politique contemporaine. En Europe, notre sens de la logique et de la vraisemblance avait déjà été fortement ébranlé la même année par le vote du Brexit, qu’on n’avait pas vraiment vu venir. Mais là, c’est tout notre monde, où ce genre d’incohérence semblait impossible, qui s’écroulait. Nos pronostics n’avaient été en fait que des vœux pieux.

Ce qui semblait évident, par contre, c’est que Trump n’était pas la cause de cette situation mais une de ses manifestations. Il était le symptôme d’une maladie profonde, d’un pourrissement social hors de contrôle. Il est passé par là au bon moment et il s’est laissé porté par la vague. Tout ce qu’il a fait par la suite est le reflet des pulsions de ses électeurs.

Un fait révélateur : pendant sa campagne, Trump avait affirmé « Je pourrais me tenir au milieu de la 5e Avenue [à New York] et descendre quelqu’un [avec une arme à feu] et je ne perdrais aucun électeur ». En réaction à cette déclaration, ses fans confirmèrent aux médias qu’il avait raison : ils le suivraient quoi qu’il advienne. Des incidents de ce type, et il y en eut beaucoup, annonçaient aux observateurs qu’il allait falloir revoir les analyses – et sans doute changer de logiciel. Des parallèles avec l’Allemagne des années 30 commencèrent à apparaître.

Pendant les quatre années de sa présidence, il ne confirma pas seulement le diagnostic d’un mégalomane dérangé : il l’aggrava. La liste de ses méfaits, tous plus invraisemblables les uns que les autres, est interminable. Sur le plan international, il a fragilisé l’OTAN, il a retiré les Etats-Unis de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), il a plus ou moins saboté l’OMC (commerce), il a conforté la Russie dans sa politique étrangère d’ingérence, tout en brisant avec elle l’accord du désarmement nucléaire, il a rompu l’engagement américain dans l’accord de Paris pour le climat (COP 21), il a eu une politique calamiteuse en Syrie, il a unilatéralement fait volé en éclat l’accord international avec l’Iran, il a pratiquement enterré le projet de deux états en Israël, il a demandé à un pays allié, l’Ukraine, de salir son futur concurrent aux élections, il a vendu des armes à l’Arabie Saoudite utilisées pour exterminer des civils au Yémen, etc.

En matière de politique intérieure, Trump a soufflé sur les braises des soulèvements anti racisme (en les dénonçant), il a appelé les milices armées à intervenir, il a encouragé les débordements policiers, il a gracié des militaires coupables de crimes de guerre que leur état-major avait condamnés, il a fait kidnapper les enfants de réfugiés, qu’il a mis dans des camps indignes (et dont on ne retrouve plus aujourd’hui les parents), il a mis en œuvre ses promesses de démantèlement des lois protectrices de l’environnement et de l’assurance santé, etc.

A la Cour suprême, instance ultime d’arbitrage juridique en Amérique (l’équivalent de notre Conseil constitutionnel) où neuf juges nommés à vie officient, il en a fait nommer trois, tous ultra conservateurs, portant l’équilibre à six contre trois progressistes. C’est plutôt de la chance : confrontés à trois vacations successives, s’ils en avaient eu les moyens les Démocrates auraient tenté une stratégie similaire. Mais le second des trois avait pourtant démontré d’énormes lacunes morales, et la dernière a été confirmée in extremis quelques semaines avant les élections, dans un déni de démocratie caractérisé. La plus jeune (elle peut espérer siéger pendant plus de trente ans), elle est inexpérimentée et appartient à un mouvement religieux radical. Ce nouveau rapport de force fait craindre pour les droits à l’avortement et au mariage LGBT, ainsi que pour l’impartialité de la Cour si la contestation des résultats électoraux, par Trump, se rendait jusque là.

Il est difficile de trier par ordre d’infamie toutes les actions de Trump, mais l’une de ses positions les plus obscènes est peut-être sa bienveillance à l’égard du mouvement complotiste QAnon, qui prétend que les employés du gouvernement, de la finance et des médias, et tous les Démocrates, seraient des pédophiles sataniques ligués contre lui.

– Des pédophiles, et « sataniques » en plus, tous ? Mais non.
– Et si, pourtant.

C’est peut-être l’une de ses positions les plus obscènes mais aussi les plus significatives : au cœur de cette folie fanatique, la capacité des réseaux sociaux à donner une fausse crédibilité aux inventions les plus dingues semble être le moteur principal. Ce mouvement a des dizaines de millions d’adhérents (même s’ils ne soutiennent pas tous l’ensemble des convictions du groupe), y compris plusieurs candidats républicains dont l’une s’est fait élire au congrès. Ils dénoncent aussi évidemment l’invention de la pandémie du coronavirus, une fabrication selon eux.

Trump n’a pas cessé de nous surprendre, parfois par son impudeur, son cynisme, ou son ridicule dont il ne semblait pas conscient. La liste de ses exploits serait trop longue (et trop pénible) à recenser, mais il les a largement diffusés au fil de plus de 50 000 messages sur Twitter, depuis sa campagne de 2016 jusqu’à aujourd’hui – jamais un dirigeant des Etats-Unis ou d’ailleurs n’avait fait preuve d’une telle incontinence verbale.

Mais tout cela n’était pas pire que de descendre un passant en pleine ville, et sa base le lui pardonnait volontiers – si tant est qu’elle en comprenait les enjeux. Cependant, « à quelque chose malheur est bon » dit le proverbe, et il faut apparemment le croire : c’est, de l’avis de tous les analystes, le coronavirus qui fit basculer l’électorat contre le Président. Sa gestion de la crise fut tellement consternante (il a longtemps prétendu que ce n’était qu’une petite grippe, puis il a proposé qu’on s’injecte de l’eau de javel, avant de revenir ensuite sur cette déclaration, la prétendant sarcastique) que sa base, mais par endroits seulement, en voyant les familles décimées, a fini par le mettre en doute.

Cela n’a pas empêché ses supporters indéfectibles d’envahir les rues après les dernières élections pour contester sa défaite, la plupart sans protection ni distanciation, malgré les 10 millions de cas déclarés dans le pays.

Aujourd’hui, Donald Trump s’accroche au pouvoir en prétendant que l’élection lui a été « volée », sans étayer cette allégation d’aucun fait vérifiable. Une trumperie bien typique : dans les états où il était en avance, il a demandé qu’on arrête le comptage des voix, et au contraire qu’on le continue dans les états où il était devancé. Il est cohérent, après tout. Et maintenant que sa défaite est manifeste, il a lancé le mot d’ordre : « Comptez tous les votes » – ce qu’il contredit par moment en twittant « Arrêtez de compter ».

Une série de requêtes juridiques sont censées être déposées sous peu par son équipe qui mettent en doute la fiabilité des décomptes, mais pour être considérées elles devront être justifiées, s’appuyer sur des faits ou doutes raisonnables, ce qui ne semble pas acquis. En attendant, il refuse de concéder la défaite – il n’est pas clair qu’il y consente un jour.

La normalisation de l’anomalie

Ce long récapitulatif était nécessaire pour comprendre à quel point Donald Trump a été un président calamiteux, ce qui donne tout son poids à la nouvelle preuve de soutien qui vient d’être exprimée.

Le fait que les électeurs américains aient choisi de ne pas le réélire (un camouflet pour lui, car les présidents américains sont le plus souvent reconduits pour un second mandat – il est donc bel et bien viré) est une bonne nouvelle. C’est d’ailleurs comme ça qu’il faut l’entendre : ce vote exprime moins l’adhésion à Biden, le nouveau Président, que le rejet de Trump.

La très mauvaise nouvelle, c’est qu’il s’est encore trouvé 74 millions d’Américains (avec environ six millions de retard sur son concurrent – 7,5%, c’est beaucoup et c’est peu) pour voter pour lui. En 2016, certains, mal informés, pouvaient peut-être lui donner le bénéfice du doute, en fermant un œil et en se bouchant le nez. Mais maintenant qu’il a confirmé et même dépassé les pires craintes qu’on pouvait en avoir, pendant quatre longues années, jour après jour, on vote encore pour lui en si grand nombre ? *

On constate donc qu’en Amérique la moitié de la population, en gros, préfère soutenir la bêtise, la bouffonnerie, et la malveillance avec enthousiasme plutôt que de mettre au pouvoir ce qu’ils considèrent comme les élites méprisantes et malfaisantes – quoi qu’il en coûte.

Dans cette logique, on croit la parole du leader parce que c’est lui qui parle, et non parce que ce qu’il dit vous paraît judicieux. Et l’on refuse tous les autres discours parce qu’ils viennent d’ailleurs, et non parce qu’ils semblent moins fondés. Trump peut dire n’importe quoi, mais tout le reste est fake news.

Comme on le sait, le vocable le plus souvent utilisé pour désigner ce phénomène d’opposition entre les élites et le peuple est le « populisme ». Mais le populisme n’est pas une invention américaine. On le retrouve notamment dans tous les pays européens depuis au moins le début du XXe siècle (source). Il est parfois associé au nationalisme, à tort ou à raison. C’est un terme que les médias utilisent souvent de manière péjorative mais que revendiquent certains courants politiques.

Refuser les dictats de l’élite intellectuelle ? Dénoncer les connivences du milieu politique ? Réclamer une plus grande représentativé pour les populations rurales ? Combattre la domination urbaine ? Oui, bien sûr, c’est légitime et même souhaitable. Et dans le cas qui nous occupe il doit certainement se trouver un bon nombre de Démocrates américains qui justifient cette aversion aux élites – et autant de Républicains.

Ce qui dérange, c’est le manque de discernement qui, pour avancer dans ce sens, pousse à imposer au sommet de l’état un clown dont la seule qualité est la capacité de détruire – et cela peut se compter en dizaines de milliers de morts. Ce qui dérange, c’est que la propagation des fausses informations distillées par ce virus humain, favorisée par des courants technologiques aujourd’hui irréversibles, contamine efficacement de larges pans de la société au point que le complotisme devient la règle. Ce qui dérange, c’est que cette maladie, infectieuse, s’installe aussi au Brésil, en Hongrie, en Pologne, aux Philippines, au Venezuela, au Royaume-Uni… Elle apparaît en Italie, en France, en Allemagne et dans l’Europe tout entière, et aussi dans plusieurs pays d’Asie… Les dynamiques russe et chinoise sont plus complexes mais c’est, encore là, l’ombre d’un populisme malsain qui est à l’œuvre.

Alors, que faire ?

L’impasse populiste

C’est très inquiétant et à double titre car, d’une part, ce phénomène va très sensiblement croissant (on n’a qu’à lire la presse internationale, où populisme et autoritarisme deviennent synonymes et prennent de plus en plus de place dans l’information), et d’autre part parce que, mis à part le bruit ambiant des « y a qu’à ci et y a qu’à ça », aucune solution crédible n’apparaît qui prenne vraiment en compte la complexité du problème. On entend partout, et sans cesse, la dénonciation des méfaits du populisme primaire, mais il ne suffira pas de traiter les gens d’imbéciles pour sortir de l’impasse – bien au contraire, évidemment. Comment réduire cette fracture ?

Au lendemain de l’élection de Trump, en 2016, on pouvait se poser cette question : le choc ressenti était-il dû au fait qu’on croyait à l’unification de l’humanité autour de la raison, et que cela s’avérait désormais inaccessible ? Ce serait finalement une utopie ? Le monde semblait irrémédiablement divisé, de plus en plus, et il allait falloir l’accepter.

Joe Biden, le nouveau Président américain, répète qu’il sera le Président de tous les Américains, qu’il faut oublier ses différends et aider le pays à guérir de cette fracture. C’est assez classique pour un discours de vainqueur, mais pourquoi pas ? Wait and see, disent les Anglais – qui vivra verra. On aurait du mal, aujourd’hui, à parler d’espoir, mais on peut s’efforcer de tenir le fatalisme à distance, même si aucune solution concrète n’apparaît.

Chez nous, il n’y a qu’à se balader un peu sur les réseaux pour reconnaître les mêmes positions outrancières qu’on trouve en Amérique, les mêmes convictions infondées qui font sélectionner les faits en fonction de l’envie de croire : on retient ce qui conforte les théories qui nous arrangent, et on écarte les faits qui nous obligeraient à confronter la véritable complexité des choses, sous prétexte qu’ils émanent de forces occultes manipulatrices. Ce phénomène, qui divise la société et lui injecte une dose de délire ingérable, se propage ici comme là-bas – par exemple, le mouvement QAnon évoqué plus haut trouve en Europe, dont en France, une myriade de supporters, notamment sur la question du coronavirus.

Faut-il condamner les réseaux sociaux ? Ce n’est qu’une technologie, par ailleurs plutôt basique et pas forcément destructrice (contrairement à une arme, par exemple) : c’est ce que nous en faisons qui pose problème. De toute façon, seule une injonction autoritaire pourrait les retirer, et le remède serait évidemment pire que le mal. Le fond de la question semble être le choix entre la réaction et la réflexion. Protester, s’indigner, se dresser, accuser, condamner, vociférer même, ou menacer – il y a un côté jouissif là-dedans, quasi physique. On s’y laisse aller avec un certain plaisir. Mais essayer de comprendre, dénouer la complexité, prendre du recul, se mettre à la place des autres, chercher un éclairage impartial, c’est au contraire une prise de tête dont beaucoup ne veulent pas entendre parler. Et le pire, c’est que le partisan de la raison devient tout de suite suspect pour l’adepte de la réaction – c’est un vendu, à la solde de tout ce qu’on dénonce. Fut un temps, en France, cela pouvait mener à l’échafaud – ce qui est encore vrai aujourd’hui en certains endroits de notre planète.

Cette division semble s’accroître rapidement, à en juger par les manifestations de défiance qui surgissent de partout. On le constate, mais peut-on y remédier ? Et comment ? C’est la bonne, et difficile, question. Certains, chez nous, envient leur ex-Président à l’Amérique et attendent le Trump français. Faut-il les combattre ? Leur parler ? Les écouter ? Leur prendre la main ?

Le déclin du mâle blanc

Tout cela ne doit cependant pas nous faire oublier l’autre bonne nouvelle : l’accession de Kamala Harris à la vice-présidence américaine, première femme à un niveau aussi élevé dans ce pays, et première noire à ce poste – oui, ce n’est pas la black afro-américaine bien typée, Obama non plus d’ailleurs, mais bon. C’est peut-être la future présidente des Etats-Unis. Elle commettra sans doute des erreurs et méritera des reproches mais, à l’aune du Président sortant, cela restera forcément minime.

C’est l’un des enseignements de cette histoire : personne n’est parfait, mais certains sont plus imparfaits que d’autres.

* On lit, ici et là, que Trump a quand même gagné des voix mais c’est sans prendre en compte l’évolution de la participation. En 2016, il a obtenu 46% du vote populaire tandis qu’en 2020 il n’en a comptabilisé (à l’heure actuelle) que 44%, malgré une augmentation de 12% de voix tandis que la participation a augmenté de près de 20% (sources). On constate donc une régression proportionnelle de son électorat. [retour]

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R.A.
R.A.
3 heures passé(e)(s)

Merci pour cet article qui permet une prise de recul sur ce mandat surréaliste et peut-être, même si on ne le souhaite évidemment pas, prémonitoire pour une partie de l’Europe…
Merci aussi d’avoir rappelé que derrière les agissements puériles d’un président se cachent de véritables victimes (dont le nombre n’est probablement pas encore réellement mesuré).
Charge à nos femmes et hommes politiques d’en tirer les leçons en ne laissant pas nos territoires à l’abandon (en maintenant les petites lignes de train régionales par exemple, ou en élargissant la couverture réseau partout en France quand ils préfèrent privilégier l’établissement de nouveaux réseaux 5G).

Sans illusions
Sans illusions
10 jours passé(e)(s)

Je comprends que vous vouliez nous mettre en garde. Ce qui se passe en Amérique finit souvent par arriver en Europe mais je pense qu’on ne verra jamais ça ici. C’est le système à deux partis de la politique américaine qui creuse un fossé pareil entre les deux moitiés du pays. Chez nous c’est moins binaire et la population est plus fragmentée. Aussi la majorité de l’assemblée ou du sénat peut toujours bouger en cours de mandat au cas par cas. Par contre l’inflammabilité de l’opinion à partir des réseaux nous empoisonne déjà. Le moindre soupçon infondé prend tout de suite des proportions démesurées et fait boule de neige. Plus c’est partagé et plus c’est “vrai”. Votre conclusion est plutôt pessimiste mais je n’en vois pas d’autre. Espérons qu’on va quand même s’en sortir et se rappeler que « En toute chose il faut savoir raison garder ». Pour l’instant ça n’en prend pas le chemin.

Marion d'Hauteville
Marion d'Hauteville
14 jours passé(e)(s)

C’est vrai, on préfère voir la montagne de Lure que la tronche de Trump. Que va t-il se passer avant le 8 décembre : que peut il encore faire de nuisible ?? C’est un peu la question que je me pose ??
L’article met bien en avant la manipulation de l’information et des médias diffusés sur les réseaux sociaux. J’ajouterai que l’outil même de twitter où les gens suivent des leaders et leurs passant les plats en retweetant : c’est qd mm le mécanisme de la propagande et du populisme. C’est universel, il suffit de voir la polémique du doc Hold up et de Sophie Marceau.
Merci pour votre travail

Last edited 14 jours passé(e)(s) by Marion d'Hauteville
François
François
15 jours passé(e)(s)

merci pour cette mise en lumière. “Le monde semblait irrémédiablement divisé, de plus en plus, et il fallait se faire une raison”. J’aimerais que cette élection soit l’amorce d’un retour à des valeurs d’humanité mais j’ai peur que cette phrase ait encore de l’avenir.

Bernard
Bernard
15 jours passé(e)(s)

je ne m’attendais pas à trouver un article comme ça dans le journal de Cruis.
bravo! continuez !

J.L.
J.L.
15 jours passé(e)(s)

Un peu long même pour un dimanche après-midi. Je me suis demandé si j’étais en train de lire Le Monde.. Finalement je suis content d’être allé au bout. C’est vrai qu’on est concerné ici aussi. Combien pensent que le virus est une invention du gouvernement ou qu’il est provoqué par la 5G. N’importe quelle information choquante se répand très vite et tout le monde y croit. Plus c’est gros plus les gens mordent à l’hameçon et plus ça circule. Comment arrêter ça? L’article a le mérite de poser la question. Merci pour ça. Trop de photos de Trump par contre.

Sarah Burri
Sarah Burri
15 jours passé(e)(s)

Merci pour cet article, qui m’aide à mieux comprendre le phénomène !

Marie P
Marie P
16 jours passé(e)(s)

Merci pour cet article qui donne un très bon éclairage !

Isabelle
Isabelle
16 jours passé(e)(s)

Vous avez raison d’aborder ce sujet. Ici comme partout ailleurs, ce phénomène mérite notre attention, il est fort préoccupant. Nous sommes aussi menacés.
Oui, il est viré. L’année 2020 nous a au moins apporté cette bonne nouvelle. Réjouissance toute en nuances car 70 millions d’américains l’ont soutenu. 
Une lueur d’espoir ? Oui, celle de revenir à un peu plus de décence et d’humanité en souhaitant que la réconciliation soit possible, et que cette mode des fake news et des complots passe comme passent les modes. 
Merci pour votre article qui donne bien la mesure de la situation et nous offre des pistes de réflexion.

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