[reportage] Elzéard rassemble

[reportage] Elzéard rassemble

L’enjeu

Sur la commune d’Ongles, la forêt de Seygne est convoitée par un opérateur en « énergies renouvelables », Engie, avec le soutien affirmé de la mairie, pour une nouvelle centrale photovoltaïque de près de 13 hectares. Le 11 octobre dernier, le collectif « Elzéard, Lure en résistance » a réussi à rassembler des acteurs de vocations diverses, tous préoccupés par ce qu’ils considèrent comme une menace pour la montagne de Lure. Une centaine de personnes étaient présentes.

Notons que notre montagne appartient à la Réserve de Biosphère Luberon-Lure depuis 2010, qui fait partie du réseau international des réserves de biosphère de l’Unesco. Il s’agit donc d’un patrimoine naturel identifié et reconnu, et sa préservation suscite une préoccupation légitime.

Cet événement, comme le précédent à Cruis, a pour objectif de faire connaître et de démontrer les menaces que ce type de démarche fait peser sur la montagne de Lure, où plusieurs projets comparables sont envisagés.

Le collectif joue aussi ici un rôle fédérateur en réunissant différents acteurs tous préoccupés par ces enjeux.

Déroulé de la rencontre

Plusieurs intervenants ont participé à cette rencontre.

Spectacle

Le groupe folk « Ramène ta fraise » a chanté.

La « Compagnie du Passeur », avec son spectacle de théâtre satirique sur un texte d’Eliott Schonfeld, a apporté un éclairage drôle et pertinent :

Un extrait de ce spectacle de 12 minutes joué par Sylvie et Yaël, enregistré sur fond de mistral.

Des Indiens, ont lu le texte dit « Discours de Seattle ». Seattle (vers 1786 – 1866) était un chef amérindien de la tribu des Duwamish connu pour un discours adressé au gouverneur Isaac Stevens en 1854 pour défendre les terres des Indiens d’Amérique. Ce discours a été transcrit en 1887. Réécrit vers 1960, il a été repris depuis par les défenseurs de l’environnement.

Paroles

L’ethnobotaniste Laurence Chaber a souligné la singularité de la forêt de Seygne. Il s’agit d’une zone humide exceptionnelle et précieuse pour la région. Ces écosystèmes forestiers engendrent et abritent une faune et une flore d’une richesse et d’une biodiversité rares. Elle nous a rappelé que le projet d’Engie aurait des conséquences graves et irréparables sur ce milieu fragile, bien au-delà du périmètre du parc et sur une échelle de temps très grande.

Pascal Menon, bûcheron  qui se dit « cueilleur d’arbres »,  s’interroge sur la logique à l’œuvre, qui voudrait qu’on détruise des forêts au nom de la transition énergétique, alors que bien d’autres espaces plus appropriés existent. Il a rappelé notre manque d’imagination à l’égard des forêts en citant quelques usages, comme l’exploitation de la laîche des marais, présente ici, dont, notamment, on paille les chaises.

« Seygne », « seigne », « sagne »… tous dérivés étymologiques du gaulois « sagna » issu du latin « stagnum » : le marais, d’où l’on tire la laîche, appelée « sagne » en provençal, qui sert effectivement au paillage mais aussi à la fabrication des toits, notamment en Camargue – où œuvre, là-bas, le « sagneur ». Parler du milieu humide de Seygne est donc pratiquement un pléonasme – il le porte déjà dans son nom : le marais du marais. [NdR]

L’association Amilure (« Les Amis de la Montagne de Lure ») est venue apporter son soutien et s’associer à cette manifestation. Invités à s’exprimer devant les nombreux participants, deux administrateurs d’Amilure, Dominique et Richard, ont eu l’occasion de retracer le parcours de leur groupe depuis leur combat initial contre les éoliennes de Redortiers (combat gagné), d’affirmer leur intention de collaborer avec Elzéard sur leurs objectifs communs, et de rappeler quelques points et initiatives récentes :

  • Des missions claires et précises inscrites en tête de ses statuts pour protéger la montagne de Lure et le Plateau d’Albion, ses paysages, sa faune, sa flore, son patrimoine architectural, culturel et historique qui font partie du patrimoine commun conformément à la Convention européenne du paysage.
  • Un engagement à combattre tout projet industriel éolien, photovoltaïque, défrichement inconsidéré, carrière, etc. qui porterait atteinte à l’intégrité de ce territoire.
  • La demande de concertation et de transparence avec les différentes parties prenantes (i.e. élus, responsables des institutions et de opérateurs).

C’est dans ce contexte qu’Amilure a confirmé la décision unanime de son conseil d’administration de présenter un recours au Tribunal administratif de Marseille contre les arrêtés préfectoraux permettant aux projets d’Ongles et de Cruis de se poursuivre. Amilure a affiché sa détermination en proposant de « se mobiliser pour, si nécessaire, aller en appel, en référé administratif en cas de début des opérations, et si besoin au Conseil d’Etat ». Cette annonce fut favorablement accueillie par l’assistance.

Soutiens

L’Association pour la Défense de l’Agriculture Paysanne la Protection de l’Environnement et la Prévention des Risques Industriels (AEPI) de Dauphin, s’est aussi associée à cette rencontre. L’AEPI a pour objet d’informer sur les dangers d’une agriculture productiviste et de défendre les populations et l’environnement face aux risques technologiques ou chimiques. Elle soutient également, auprès des collectivités locales, les projets favorisant les économies d’énergie, le développement des énergies renouvelables, le respect de la biodiversité par l’abandon des pesticides. Elle soutient aussi l’installation de jeunes agriculteurs en culture biologique et milite pour le développement d’une agriculture respectueuse de l’environnement.

Le Collectif de défense de la Forêt des Sérigons (05) s’est constitué à La Roche-des-Arnauds, dans les Hautes-Alpes, pour lutter contre la destruction de la forêt des Sérigons menacée par l’implantation d’un parc photovoltaïque de 7,5 hectares en 2018. Se reconnaissant dans la démarche d’Elzéard, cette association a souhaité apporter son soutien à l’événement.

Activités

Enfin, des nichoirs ont été posés, et deux arbres plantés, avec le concours des enfants présents. Cette animation était coordonnée par « Terraïeto », la ludothèque de Saint-Etienne-les-Orgues, pour les nichoirs, et Pascal Menon pour la plantation. 

Reportage de Florence Castaing 

Bilan

Force est de constater que le sujet est mobilisant – et que cette mobilisation prend différentes formes : certaines festives et divertissantes, d’autres inspirantes, d’autres encore riches en information. Pour l’observateur, cette diversité convergente est le gage d’une certaine crédibilité.

D’un point de vue simplement rhétorique, sans même prendre parti, ces témoins et ces soutiens font preuve d’un bon sens débouchant sur des questions qui méritent réponses. En toute objectivité, on devrait ensuite donner la parole au contre-argumentaire : le plaidoyer au secours des démarches industrielles, répondant au réquisitoire contre les atteintes à la nature.

Mais ce discours-là, apparemment, n’existe pas. Ces projets ne suscitent aucune mobilisation favorable. Ils sont défendus par une rumeur non articulée (et le plus souvent non fondée), des orientations politiques mal documentées (certains disent : mal intentionnées), et des industriels dont le métier, après tout, est de tirer parti de la conjoncture quelle qu’elle soit – c’est leur rôle. Comme le politique est de son côté, c’est souvent cette alliance anarchique et opportuniste qui l’emporte. L’unilatéralité de ces décisions fait qu’on peut difficilement s’en réjouir : la nature en question n’y est citée que comme difficulté, obstacle, objet de contournements – sans parler de la concertation populaire, le plus souvent inexistante sinon simulacre de démocratie. Il y a pourtant des projets vertueux qui mériteraient d’être soutenus, mais le manque de vrai discernement dans les procédures masque cette distinction.

La constante, dans toutes ces démarches, est l’injonction paradoxale des opérateurs et des pouvoirs publics conjugués, qui cherchent à imposer l’obligation de choisir entre la transition énergétique et le respect de l’environnement. En psychologie, c’est un cas d’école : quand une alternative ne débouche sur aucune option acceptable, il faut tout simplement la refuser.

Si l’on souhaitait reformuler la question, pour sortir de cette impasse, cela pourrait être, à l’évidence : « Pourquoi ne pas concentrer tous ces projets en milieux urbains, périurbains et industrialisés, sans impact sur la nature et plus près des concentrations de consommation ? ». Ce à quoi on répond généralement en évoquant la pression économique des communes rurales, pauvres en argent mais riches en territoires, qui auraient bien besoin de ce coup de pouce. Cela suggère en retour une autre évidence : il faut travailler sur le partage des retombées financières de ces installations, afin que les collectivités ayant charge de nature ne soient pas, en plus, pénalisées pour avoir voulu préserver notre patrimoine.

Editorial de Pierre Lavoie

Le 25 octobre, au 19/20 Provence Alpes, France 3 a diffusé un court reportage sur la mobilisation du collectif Elzéard sur ces lieux. C’est sur cette page, où il faut choisir le 25 octobre, à partir de 8:39 jusqu’à 11:02.

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Bitterlin Sylvie
Bitterlin Sylvie
1 mois passé(e)(s)

Bravo aux reporters !!! Tout ça est très bien fait ! très intéressant !!! Juste : l’ extrait du spectacle n’est pas de 12 minutes mais de 1mn30…

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